Le congé pour les règles douloureuses : bonne idée ?

Beaucoup de femmes souffrent de douleurs menstruelles et certains pays ont déjà mis en place un congé menstruel. Ça sera surement bientôt le cas aussi, pour la première fois dans l’Union Européenne : en Italie. Le 13 mars 2017, un projet de loi a été présenté par quatre députées italiennes, est sérieusement étudié par le Parlement italien et pourrait donc être validé dans les mois à venir. Le texte permettrait aux femmes de bénéficier de congés payés pour les règles douloureuses.

La dysménorrhée concerne beaucoup de femmes

Selon une étude anglaise, une femme sur cinq souffrirait de dysménorrhée (les douleurs menstruelles). Elle se traduit par des maux de dos, de ventre, de tête, au niveau des reins, des nausées... Il ne s’agit pas simplement d’inconfort. Les douleurs peuvent être importantes au point de ne plus pouvoir exercer son travail ou n’importe quelle activité normalement. Celles-ci pourraient même être aussi intenses que celles ressenties lors d’une crise cardiaque.

Italie : Mise en place d’un congé pour les règles douloureuses

Le texte de loi prévoit de créer un congé menstruel pour les femmes souffrant de règles douloureuses. Il concerne les salariées et indépendants, contrats de travail à temps plein ou partiel, à durée déterminée ou indéterminée. Elles pourraient alors poser trois jours de congé par mois au maximum pour ce motif, en percevant l’intégralité de leur salaire. Ce congé serait autorisé uniquement sur présentation d’un certificat médical, attestant de la dysménorrhée, remis par un spécialiste. Celui-ci devrait être renouvelé tous les ans. Par ailleurs, le financement de ce congé n’a pas encore été défini.

Le congé menstruel existe déjà ailleurs

Le congé menstruel n’est pas une nouveauté. D’abord, au Japon, celui-ci a été mis en place dès 1947 et permet aux femmes souffrant de dysménorrhée de prendre au maximum 2 jours de congé par mois pour ce motif. Cependant, l’employeur peut décider de la durée du congé, choisir de le rémunérer ou non, d’accorder ou non le congé. Toutefois, peu de japonaises l’utilisent (difficulté à le demander si l’employeur est un homme, sujet tabou, non-rémunération du congé)

En outre, le congé est mis en place ailleurs en Asie : depuis 1948 en Indonésie, depuis 2001 en Corée du Sud et depuis 2013 à Taïwan.

Par-dessus le marché, depuis 2015 en Zambie les salariées bénéficient d’un congé menstruel par mois, et n’ont pas à justifier avec un certificat médical. Il est prévu que les patrons refusant d’accorder le congé soient sanctionnés par des amendes voire par 6 mois de prison.

Par ailleurs, certaines entreprises n’attendent pas la création d’une loi pour agir face au problème qu’est la dysménorrhée. C’est par exemple le cas de Nike (2007), dont le code de conduite indique la possibilité pour les femmes de prendre un congé menstruel, ou de l’entreprise britannique Coexist qui, depuis 2016, permet à ses salariées de prendre jusqu’à 3 jours de congés par mois pendant leurs règles douloureuses ou de travailler à domicile. En effet, selon la codirectrice de cette entreprise, les femmes n’osent pas s’absenter (arrêt ou pose d’un congé) pour ce motif. Elles préfèrent venir au travail et veulent pas reconnaitre qu’elles souffrent.

Regles douloureuses conges

Mise en place de type de congé : positif ou négatif ?

Pour certains, la mise en place d’un congé menstruel est une mesure positive pour les femmes souffrant tous les mois. Cela signifie que les règles douloureuses sont reconnues, que ce n’est pas une honte. Les femmes sont comprises, ne sont plus obligées de prendre des calmants de manière excessive afin de réussir à se déplacer au travail.

Mais la plupart des avis semblent être négatifs. D’abord, en Italie, 61% des femmes travaillent alors que la moyenne européenne est de 72%. De plus, d’après un rapport du bureau nationale des statistiques d’Italie (Istat), 25% des salariées enceintes seraient licenciées illégalement pendant ou après leur grossesse. Le congé menstruel pourrait créer encore plus d’inégalités et de discriminations.

En effet, lors des entretiens d’embauche, le sujet des règles douloureuses pourrait être abordé. Le recrutement des hommes pourrait être favorisé, alors que toutes les femmes ne souffrent pas de règles douloureuses et ne pourraient donc bénéficier du congé dans la mesure où un certificat médical doit être présenté. Aussi, les règles reste un sujet tabou pour certaines femmes et en parler publiquement ou à l’employeur n’est pas envisageable. Mais surtout, cela pose problème en ce qui concerne la vie privée : un salarié posant un arrêt maladie n’a pas à indiquer à son employeur la raison, or le congé menstruel pour règles douloureuses, accompagné du certificat médical indiquerait clairement la cause. Comment être certain que le secret médical soit respecté ?

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