Le suicide à cause du travail : repérer les signes et agir

Le suicide à cause du travail : repérer les signes et agir

Dans Communication en entreprise

La France, l’Ukraine et les Etats-Unis sont les 3 pays dans lesquels les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses. Celles-ci peuvent mener à des suicides. D’ailleurs, en France, le nombre de décès lié au suicide est plus important que celui pour accident de la route. L’employeur doit veiller à ce que le travail n’amène pas un salarié à commettre un tel acte. Le suicide peut d’ailleurs parfois être considéré comme un accident du travail. Causes, repérage des signes, conséquences : nous vous en parlons dans cet article.

L’essentiel en 30 secondes

  • Repères : en France, en moyenne 10 000 suicides et plus de 150 000 tentatives.
  • Causes liées au travail : harcèlement, stress, rétrogradation, mise au placard, conditions de travail, burn-out, violences, incertitude de l’emploi.
  • Accident de travail : un suicide sur le lieu et pendant le temps de travail est présumé imputable au travail.
  • Prévention : prévenir les risques psychosociaux, dialoguer et écouter plutôt que laisser seule une personne en détresse.
  • Après un suicide : appeler les secours, protéger et prendre en charge les témoins, informer les proches et déclarer l’accident de travail.

Définitions

Termes et chiffres à propos du suicide en France

Les conduites suicidaires sont un ensemble d’actes. Parmi elles :

  • Le suicide : le fait de se donner volontairement la mort.
  • La tentative de suicide : passage à l’acte dans le but de mettre fin à sa vie, mais non fatal
  • Les idéations suicidaires : idées selon lesquelles le suicide peut être une solution à la situation, à la douleur morale, à la détresse estimée insupportable
  • La crise suicidaire : état de trouble psychique caractérisé par des idées noires et une envie de suicide de plus en plus marquées et envahissantes. Envie d’arrêter de souffrir.
  • La menace suicidaire : volonté de suicide exprimée clairement, à l’oral ou à l’écrit, ou par tout autre moyen de communication
  • L’équivalent suicidaire : conduite ou comportement où la prise de risque est importante, même sans intention suicidaire exprimée

En France, il y a en moyenne 10 000 suicides, et plus de 150 000 tentatives de suicide. Il s’agit de la deuxième cause de mortalité chez les personnes âgées de 15 à 24 ans. Parmi les personnes qui s’ôtent la vie, 70% souffraient d’une dépression. En outre, 80% de ces personnes ont vu leur médecin dans le mois précédent.

Conduites suicidaires, crise, menace, équivalent suicidaire : ces termes désignent des situations différentes à bien distinguer.

10 000suicides en moyenne chaque année en France

150 000tentatives de suicide et plus en France

70 %des personnes qui s’ôtent la vie souffraient d’une dépression

Causes

Pourquoi le travail peut-il être la cause de suicides ?

Le suicide peut avoir plusieurs facteurs : personnels, génétiques, environnementaux, professionnels. Le travail peut être l’une des raisons qui mène à cet acte :

  • harcèlement moral ou sexuel
  • stress
  • rétrogradation
  • mise au placard
  • conditions de travail
  • burn-out
  • violences
  • incertitude de l’emploi…

Il est difficile d’obtenir des données précises car les personnes qui passent à l’acte sont peu nombreuses à laisser une lettre écrite, des preuves de la cause de leur suicide.

Certains suicides peuvent intervenir en dehors du travail, même s’il en est la cause. D’autres dont la cause n’est pas professionnelle, interviennent sur le lieu de travail car celui-ci donne une occasion de passer à l’acte (arme de service, médicaments à disposition, chute de hauteur...).

Le travail peut être l’un des facteurs d’un suicide, parmi des facteurs personnels, génétiques et environnementaux.

Publics

Qui sont les personnes les plus concernées ?

Auparavant, les personnes qui étaient le plus concernées par le suicide lié au travail étaient celles exerçant un métier physique (ouvriers, agriculteurs) de par la difficulté de leur tâches, le manque de reconnaissance, de profit…
Aujourd’hui, ce sont les personnes dont le travail les impacte moralement qui sont le plus touchées. Parmi elles :

  • les cadres
  • les enseignants
  • les salariés du secteur privé
  • les salariés de la restauration
  • les salariés des arts et spectacles
  • les médecins…

Ce sont souvent des personnes professionnelles et compétentes, qui ne supportent plus la pression. Cela peut se produire dans des petites comme des grandes entreprises (Renault, PSA, France Télécom, EDF…).

Aujourd’hui, ce sont surtout les personnes que leur travail impacte moralement qui sont touchées, dans les petites comme les grandes entreprises.

Reconnaissance

Le suicide peut être reconnu comme un accident de travail

Sous certaines conditions, le suicide peut être considéré comme un accident de travail. C’est par exemple le cas s’il a lieu pendant le temps et sur le lieu de travail. L’article 411-1 du Code de la sécurité sociale présume que l’accident est imputable au travail. Dans ce cas, la CPAM ou l’employeur qui cherche à contester cela doit prouver que l’acte suicidaire n’a pas pour cause l’activité professionnelle (exemple : antécédents médicaux, entourage personnel…).

Si un suicide survient en dehors du temps de travail et du lieu de travail, il n’est pas reconnu comme un accident de travail, sauf si les ayants droits de la victime arrivent à prouver que cela est arrivé à cause du travail (ex : écrit laissé par le salarié accusant le travail).

À noter :
Présomption d’imputabilité au travail. Un suicide sur le lieu et pendant le temps de travail est présumé imputable au travail : c’est à la CPAM ou à l’employeur qui le conteste de prouver le contraire.

Un suicide peut être reconnu comme accident de travail, plus facilement s’il a lieu sur le lieu et pendant le temps de travail.

Prévention

Prévention du suicide en entreprise

En 1996, lors de la première Conférence nationale de santé, la prévention du suicide était parmi les dix priorités nationales de Santé publique. Il est essentiel de prévenir les risques psychosociaux, de définir les facteurs professionnels nuisibles aux salariés, et d’analyser l’acte suicidaire dans la mesure où un suicide est survenu sur le lieu de travail. Si un salarié est passé à l’acte au sein de l’entreprise, l’employeur doit s’assurer que les autres salariés ne ressentent pas la même souffrance afin d’éviter un autre suicide.
En outre, certains préjugés sur le suicide sont à bannir. Ce dont il faut se rappeler :

  • Il ne s’agit ni d’un acte de lâcheté, ni de courage
  • On dit souvent que généralement, les personnes qui se suicident n’en ont jamais parlé. Or, parmi les personnes qui passent à l’acte, 75% d’entre elles ont déjà verbalisé leur intention de se suicider.
  • Mieux vaut dialoguer et écouter une personne qui a des idéations suicidaires que la laisser seule, afin d’éviter l’acte suicidaire.

Info :
Beaucoup en ont parlé avant. Parmi les personnes qui passent à l’acte, 75 % ont déjà verbalisé leur intention de se suicider : mieux vaut dialoguer et écouter que laisser seule la personne.

Prévenir les risques psychosociaux et écouter les personnes en souffrance sont les premiers leviers de prévention.

Repérage

Suicide : repérer les signes pour l’éviter

Comment évaluer la gravité de la situation et éviter le pire ? Certains éléments peuvent alerter d’un risque de suicide d'un collaborateur :

  • Signes de dépression : isolement anormal, tristesse, pensées négatives
  • Absence ou expression constante du mal-être
  • Mise en ordre dans les affaires personnelles
  • Obtention de moyens permettant de suicider (arme, médicaments…)
  • Existence de troubles psychiatriques
  • Sentiment d’avoir tout essayé pour remédier à la situation
  • Antécédents personnels ou familiaux
  • Verbalisation directe ou indirecte de l’intention du suicide. Par exemple : "je ne peux plus continuer", "on verra si je suis toujours là", ou "je vais me tuer", "ce serait mieux si j’étais mort"
  • Perte d’estime de soi et d’espoir

Isolement, mal-être, verbalisation de l’intention ou perte d’espoir sont des signes d’alerte à prendre au sérieux.

Réaction

Que faire suite à un suicide ?

Une tentative de suicide ou un suicide est une situation choquante, voire traumatisante, à laquelle il est nécessaire de réagir rapidement, d’autant plus lorsqu’il est survenu au travail :

  • Appel des secours
  • Protection des témoins confrontés à la scène
  • Protection visuelle des lieux
  • Information des proches
  • Information des collègues
  • Prise en charge des témoins choqués
  • Prise en charge de la victime (en cas de tentative)
  • Déclaration de l’accident de travail
  • Remise rapide en état du lieu

Des recherches de facteurs liés au travail doivent être réalisées par l’employeur, même sans présomption d’un lien avec le travail. Cela montre aux salariés que l’entreprise ne prend pas cet événement à la légère, qu’elle veille à leur santé et leur sécurité. Des mesures doivent être mises en place rapidement afin d’éviter d’autres actes suicidaires si le travail était l’une des causes.

Suite à cet acte survenu au travail, différentes enquêtes peuvent être menées par différents organismes : la police, l’inspection du travail, la CPAM, les caisses régionales de l’Assurance Maladie. Celles-ci ont pour but de clarifier les faits, recueillir des témoignages, constater des infractions, déterminer le caractère professionnel de l’acte, mettre en évidence les facteurs de risques...

Après un suicide ou une tentative, il faut réagir vite : secours, protection des témoins, information, déclaration, puis recherche des causes liées au travail.

Questions fréquentes

Combien de suicides y a-t-il en France ?

En moyenne 10 000 suicides et plus de 150 000 tentatives de suicide.

Le travail peut-il être une cause de suicide ?

Oui, avec d’autres facteurs : harcèlement moral ou sexuel, stress, rétrogradation, mise au placard, conditions de travail, burn-out, violences ou incertitude de l’emploi.

Un suicide peut-il être reconnu comme accident de travail ?

Oui, sous certaines conditions : s’il a lieu pendant le temps et sur le lieu de travail, il est présumé imputable au travail. En dehors, les ayants droit doivent prouver qu’il est dû au travail.

Quels sont les signes qui peuvent alerter ?

Isolement anormal, tristesse, mal-être exprimé, mise en ordre des affaires personnelles, obtention de moyens, perte d’estime de soi et d’espoir, ou verbalisation de l’intention de se suicider.

Que faire après un suicide ou une tentative au travail ?

Appeler les secours, protéger les témoins, informer les proches et les collègues, prendre en charge les personnes choquées, déclarer l’accident de travail et rechercher les facteurs liés au travail.

Aller plus loin

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Harcèlement sexuel au travail : Réagissez

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Le harcèlement moral en entreprise

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